Hors-série "Platon"
Karl Popper et Platon : les origines du totalitarisme
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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À la division platonicienne entre une élite savante et un peuple ignorant comme au pouvoir autocratique du philosophe-roi omniscient, Karl Popper oppose le régime démocratique, garant de la pluralité des débats et des opinions.
Platon, précurseur des idéologies totalitaires du XXe siècle ? Telle est, en substance, l’accusation proférée par le philosophe néozélandais Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis, composé pendant la guerre et publié en 1945. En ligne de mire : la haine du père de la philosophie à l’égard de la démocratie, qui voit le jour en son temps dans la cité d’Athènes. Pour Platon, en effet, seul un « philosophe-roi » est capable de gouverner correctement car lui seul comprend pleinement l’Idée de justice. La connaissance est le privilège d’une petite élite exigeante ; au contraire, au sein du peuple règne la doxa, l’opinion dépourvue de fondements rationnels. Voilà pourquoi la démocratie, qui prétend confier le pouvoir à une masse ignorante, serait vouée à l’échec. Insensible à la justice, incapable de penser le bien commun, l’homme « ordinaire » est gouverné par ses pulsions, ses appétits animaux, ses désirs immodérés – son epithumia. Espace de conflits entre une multitude d’intérêts antagonistes, la démocratie devient aussi le terrain de jeu idéal pour les démagogues et autres sophistes, indifférents à la vérité, qui manipulent les passions humaines pour asseoir leur pouvoir. Ce n’est pas pour rien, aux yeux de Platon, que ces maîtres en rhétorique soutiennent la démocratie : en démocratie, en effet, le vrai est moins important que la capacité de convaincre.