Médias / Polémique
Qui "fait le jeu" du Front national ? Et est-ce la bonne question ?
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Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Michel Onfray et ses adversaires s’accusent mutuellement de "faire le jeu" du Front national. Le philosophe des sciences Karl Popper montre que cet argument est élastique, donc insuffisant.
Le sport du moment, chez les intellectuels et les chroniqueurs médiatiques, c’est d’accuser l’adversaire de « faire le jeu de Marine Le Pen ». En langage stratégique, on pourrait parler d’« allié objectif ». Dans un registre plus méchant, on se plaît à désigner « l’idiot utile ». Michel Onfray, dans son interview au Figaro du 10 septembre dernier, ouvre le bal en déclarant qu’il en « veut moins » à la présidente du Front national (FN) « qu’à ceux qui la rendent possible ». D’après lui, il faut remonter de la manifestation à la source du mal. Selon le philosophe, ce sont les héritiers du gauchisme culturel des années 1970, les socialistes convertis au libéralisme qui, en se détournant du peuple au profit des « marges » (homosexuels, sans-papiers, étrangers…) portent la responsabilité de la progression du FN. Ils feraient donc le jeu du FN. L’éditorialiste Laurent Joffrin lui répond dans Libération du 14 septembre en suggérant que « tout l’entretien [de Michel Onfray], par circonvolutions successives, tourne autour du FN et tend à rendre peu à peu légitimes ses thèses et sa politique ». Le titre de son article ? « Comment Michel Onfray fait le jeu du FN »…