Kawaii かわいい

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Cet article est issu du numéro 135 de Philosophie magazine « Peut-on se mettre à la place des autres ? », en kiosque le 28 novembre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : japonais

Quel est le point commun entre Pikachu, Hello Kitty et votre dernier-né qui apprend à marcher ? Ils sont trop kawaii ! En japonais, cela signifie « mignon » et « adorable ». Massivement employé par la jeunesse nippone, le mot a circulé à travers la culture manga pour se diffuser dans le monde entier. Fait significatif, le personnage kawaii est toujours disproportionné et maladroit. Tête immense sur un corps minuscule, il est en fait un être déformé, presque grotesque… mais en cela aimable. Loin d’être anecdotique, cette adoration de l’imparfait raconte une vision du monde. Les Occidentaux cherchent la perfection des formes et les proportions idéales. Les Japonais, eux, préfèrent représenter l’imperfection et l’impermanence de l’existence par la discordance et l’asymétrie. Le terme kawaii n’est donc pas un produit de la culture de masse mais de l’esthétique japonaise traditionnelle. Il relève du fukinsei, principe bouddhiste zen du cercle imparfait et symbole de l’irrégularité de l’existence. Dans son essai Zen et culture japonaise (1958, non traduit), le philosophe japonais Daisetz Teitaro Suzuki rappelait ainsi comme principe zen « l’acceptation de l’insuffisance des choses ». Être kawaii, c’est donc embrasser les imperfections du monde… et les rendre belles.

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