La beauté du chaste

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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La virginité devient aujourd’hui un choix, une identité sexuelle. Quand le libertinage est la norme, l’abstinence est subversive. L’auteur du sulfureux Lunes de fiel s’interroge sur cette stratégie, qui consiste à nier la pulsion érotique pour mieux la vivre.

Personne n’aurait pu prévoir, il y a vingt ans, que la continence reviendrait un jour, s’afficherait haut et fort comme le privilège d’une nouvelle minorité, que les abstinents volontaires formeraient, aux côtés des gays, bi, trans, une nouvelle confrérie, laquelle aurait ravi l’utopiste Charles Fourier, grand amateur de classements qui leur aurait accordé une place d’honneur dans son système, à titre d’exception. Une distinction s’impose d’emblée : l’ancienne virginité, encore en usage dans les sociétés traditionnelles, était de contrainte, la nouvelle est de liberté, ce qui change tout (omettons la chasteté par épuisement de la libido entre vieux époux qui se connaissent par cœur). Elle intervient au terme d’une longue trajectoire où le plaisir, jadis interdit, est devenu obligatoire, où l’injonction à la volupté nous est martelée jour et nuit par la télévision, la presse, les livres. « Vivre sans temps mort et jouir sans entraves » : ce mot d’ordre situationniste, inscrit sur les murs de Paris dans les années 1960, est devenu celui du supermarché mondial. On croyait à un slogan libertaire, on a énoncé un dogme publicitaire. En quoi l’hédonisme de nos philosophes n’est rien d’autre que l’idéologie du capitalisme moderne. Le subversif d’hier, le libertinage effréné, étant devenu la norme, c’est la norme d’hier, le contrôle de soi, qui est devenue le subversif.

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