Dossier/De la fin de la démocratie en Amérique

La classe ou la race ?

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Un père emmène ses deux fils à l'école à Baltimore

Un père emmène ses deux fils à l'école à Baltimore. © Todd Heiselr/The New York Times/Redux/Réa

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Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment expliquer la montée des inégalités et l’essor du populisme aux États-Unis ? Est-ce d’abord un problème de classe sociale, comme le pense l’essayiste Michael Lind, ou une question raciale, comme le soutient Kevin Baker ? 

Michael Lind. Une nouvelle lutte des classes

« La crise sanitaire et le confinement ont accentué la division entre les centres urbains [hubcities] et le cœur du pays [heartland], et entre les deux différentes classes de travailleurs dans chaque zone. C’est ce que j’appelle la nouvelle lutte des classes. La classe supérieure – l’élite managériale et métropolitaine – a été moins affectée par le confinement, parce qu’elle peut travailler depuis chez elle et se faire livrer. Si l’on regarde le taux de chômage aux États-Unis, il était d’ailleurs d’environ 10 % dans le secteur des affaires contre 14 % en moyenne – un niveau jamais atteint depuis la Grande Dépression des années 1930. La classe qui a le plus souffert est celle des travailleurs des usines et des fermes situées en dehors des villes. Parmi eux, beaucoup ont été atteints du coronavirus, après avoir été obligés de travailler dans des conditions peu sûres. Cette classe se sent abandonnée et elle exprime sa défiance envers les élites et le “libéralisme technocratique” en votant pour les candidats populistes et conservateurs, qui promettent de porter leur voix. Si cette lutte des classes est nouvelle, c’est qu’elle oppose non plus deux groupes antagonistes bien constitués, le capitalisme mondialisé et l’internationale ouvrière selon le schéma marxiste, mais deux territoires, dans un climat que le sociologue Émile Durkheim qualifierait d’anomie, c’est-à-dire d’absence de règles. En effet, les institutions qui avaient coutume de fédérer la classe laborieuse – les syndicats, les partis politiques locaux, les congrégations religieuses – se sont défaites, laissant les individus isolés et démunis.

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