Archéologie
La corde, tout un monde de symboles
©Tim Boote/Unsplash
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Les êtres humains fabriquaient déjà des cordes il y a 35 000 ans : c’est ce que laisse supposer la découverte récente, dans une grotte allemande, d’un bâton percé qui servait manifestement au tissage de fibres végétales. Comment la corde a-t-elle changé le destin de l’humanité ? Et que symbolise-t-elle ?
Si l’invention de la corde a marqué l’histoire de l’humanité, c’est que cet instrument aux usages innombrables est d’un type fort particulier. Sans finalité prédéfinie, la corde ne sert pas en général directement, par elle-même : elle est d’abord utilisée pour solidariser deux éléments indéterminés entre eux. La corde crée ainsi, artificiellement, un lien. Mais ce lien peut conjoindre des choses de nature très différentes : outils, objets, animaux, etc. Surtout, la qualité de ce lien varie grandement d’un cas à l’autre. Il peut nouer les choses, les river les unes aux autres, dans un rapport d’extrême proximité qui s’apparente à l’immobilisation, à l’emprisonnement. Mais il peut également relier de manière distendue, comme la laisse qui attache la chèvre à un piquet mais, précisément, la laisse vagabonder dans une relative liberté. L’attache, ici, ménage un jeu : elle demeure presque invisible tant que l’animal n’atteint pas l’extension maximale du cordage – tant que celui-ci ne se met pas en tension. Le lien de la corde indique alors une limite qui n’apparait que là où la chose tend vers l’au-delà de cette limite. Il délimite l’espace de mes possibles, de ce qui est « dans mes cordes ».