Crash / Éthique
La folie de la hauteur
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Cet article est issu du numéro 89 de Philosophie magazine « Peut-on être heureux sans travailler ? », en kiosque le 23 avril 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’acte fou du copilote de l’Airbus de la Germanwings qui a entraîné la mort de ses passagers n’est pas sans rappeler celui d’Érostrate, pyromane de l’Antiquité devenu criminel par soif de célébrité. Pour Sartre, cette attitude est inséparable d’une « vision de haut » – par exemple celle d’un cockpit d’avion.
Connaissez-vous le nom du concepteur de l’Airbus A320 ? Parions que non. En revanche, vous avez sans doute entendu parler d’Andreas Lubitz, le copilote du vol Barcelone-Düsseldorf, qui a délibérément provoqué la chute et la destruction de l’avion, le 24 mars dernier, entraînant la mort de cent cinquante personnes… Il a quelques points communs avec le Grec Érostrate qui, en 356 avant J.-C., incendia le temple d’Artémis à Éphèse afin de faire parler de lui. Bien que les autorités grecques interdirent de prononcer son nom, les historiens ne purent s’empêcher de rapporter l’événement… Jean-Paul Sartre résume ce succès posthume dans une nouvelle du Mur précisément intitulé « Érostrate ». Son incendiaire à lui est un urbain haineux qui rêve de tuer le maximum de gens avec son revolver avant de mettre fin à ses jours. Lorsqu’il fait la publicité prospective de son geste face à ses collègues de travail, l’un d’eux l’interpelle :