Notion

La justice

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Cet article est issu du numéro 1 de Philosophie magazine « 1 - avril/mai 2006 », en kiosque le 30 mars 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Quelles sont ces notions communes qui nous permettent de discuter ensemble ? Revenons à ces concepts dont tout le monde, dans les études, mais aussi dans la vie intime ou publique, ressent la profondeur, la crise et la nécessité. Le premier à tous égards est celui de justice.

Le problème de la justice est avant tout de savoir comment répartir et réparer : répartir les biens entre les êtres, réparer les torts qu’ils peuvent se faire les uns aux autres. Si ces deux exigences n’ont rien d’évident, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont difficiles à appliquer. Il existe une raison plus profonde. La source de la justice n’est pas purement sociale. La nécessité de la justice ne découle pas uniquement des relations entre les hommes. Métaphysique, la question de la justice surgit dès qu’il y a une certaine pluralité d’êtres appartenant à un même monde – et que l’on considère cette pluralité sur le mode d’une comparaison et d’une confrontation mutuelle de ces êtres, en termes de bien et de mal. C’est pour cela que la justice concerne tous ceux supposés participer de ce monde. Pourquoi les hommes, qui n’ont ni fourrure comme les lions, ni griffes comme les oiseaux, sont-ils « naturellement » plus faibles que les animaux ? Est-ce juste ? Question pas si naïve, qui resurgit régulièrement dans l’histoire de la philosophie. Dois-je accuser, comme l’enfant, la pierre qui tombe sur ma tête d’être « méchante » ? Ou réclamer justice aux dieux, peut-être responsables des malheurs qui m’accablent ?

Face à ces questions, on dispose de deux recours, qui doivent se compléter l’un l’autre. Tout d’abord, il faut se doter d’une règle : un principe de justice. Dans le cas de la répartition, ce sera une règle d’égalité, directe ou proportionnelle, « à chacun selon ». Sinon une égalité stricte justement, du moins un principe de proportion, qu’il s’agit de fonder ou d’accepter. Ce sera aussi une règle, dans le cas de la réparation. Elle sera cette fois du type « pour ceci cela », par exemple « œil pour œil, dent pour dent », expression souvent décrite comme inhumaine, mais qui introduit du moins l’égalité et enraye le cycle de la vengeance. Toutefois, ces mécanismes demeurent vides et froids sans un sentiment ou une vertu de justice chez celui qui rend la justice, répondant au sentiment de celui qui la demande.
 

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