La physique des atomes
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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Alors qu’aux yeux de tous l’humanité traînait sur terre une vie abjecte, écrasée sous le poids d’une religion dont le visage se montrant du haut des régions célestes menaçait les mortels de son aspect horrible, le premier, un Grec, un homme, osa lever ses yeux mortels contre elle et contre elle se dresser. Loin de l’arrêter, les fables divines, la foule, les grondements menaçants du ciel, ne surent qu’intensifier l’ardeur de son courage et son désir de forcer le premier les portes étroitement closes de la nature. Aussi l’effort vigoureux de son esprit a fini par triompher » : c’est ainsi que Lucrèce décrit la pensée d’Épicure, philosophe aux traits quasiment héroïques qui osa braver les croyances et les opinions de ses contemporains. Bien que son œuvre tienne, d’après Diogène Laërce, en trois cents rouleaux de traités, essais et lettres, peu d’écrits de sa main nous sont parvenus. Seules les Lettres à Hérodote, Pythoclès et Ménécée, les Sentences vaticanes et les Maximes capitales sont intégralement conservées. La Lettre à Ménécée, la plus célèbre du fondateur du Jardin, expose les grandes lignes d’une doctrine épicurienne tout entière vouée à la recherche du bonheur et développe les éléments du quadruple remède, soit le tetrapharmakos. Le premier d’entre eux consiste en l’absence de crainte des dieux, qui vivent béatement dans les inter-mondes, indifférents aux hommes. La Lettre à Pythoclès, sous ses apparences plus techniques et arides, examine de multiples hypothèses quant à l’origine et la formation des phénomènes naturels. Toute explication mythologique, toute intervention divine est proscrite, seule règne la physique des atomes. Pas question de « raconter des prodiges à la foule ».