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À la Préhistoire, la naissance secrète de la philosophie
Peinture rupestre néolithique à Tin Abenhar, de style abaniora, sur le plateau de Tadjelahine, dans le parc national Tassili n'Ajjer, en Algérie. Site classé patrimoine mondial de l’Unesco. © imageBROKER/Egmont Strigl/Andia
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Ce que la philosophie doit à la Préhistoire : en analysant, dans l’essai d’archéologie philosophique La Philosophie au risque de la Préhistoire (Éditions du Cerf, 2023), la révolution de l’art du Néolithique accordant une place centrale à la figuration de l’homme, Philippe Grosos redistribue les cartes du récit classique sur l’origine même de la philosophie. Les grands textes fondateurs des Grecs anciens portent tous les traces de la révolution néolithique qui posa les bases d’une nouvelle ontologie.
Née en Grèce au tournant des Ve et IVe siècles avant notre ère, la philosophie occidentale rayonne sur la base de cette idée indiscutée qu’elle s’est faite de son émergence. Son histoire est claire, limpide, documentée depuis des centaines d’années : la Grèce est son berceau, la scène primitive de sa naissance se joue à Athènes. Or, comme l’y invite Philippe Grosos, pourquoi ne pourrait-on pas porter attention à la très longue durée, et remonter dans le temps au-delà de son acte de naissance, pour tenter de repenser les conditions historiques de son apparition et de sa vocation initiale ? Pour ce faire, et s’ouvrir à une analyse des conditions d’émergence de la discipline philosophique, le recours à la Préhistoire peut s’avérer particulièrement fécond.
Pour une archéologie de la pensée
En ignorant dans ses grandes largeurs les apports de l’archéologie préhistorique depuis des décennies, les philosophes n’auraient-ils pas cherché à s’aveugler devant le récit trop clair de leur propre histoire ? Dès le début du XXe siècle, au moment de la reconnaissance d’un art pariétal préhistorique, Émile Cartailhac (1845-1921) et l’abbé Henri Breuil (1877-1961) publièrent une monographie consacrée à la grotte d’Altamira, en concluant qu’aucun philosophe ou artiste ne pourrait plus ignorer les profondeurs de nos cavernes ornées, définies comme « un chapitre de l’histoire de l’esprit humain ».