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La raison du monde

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La raison du monde

© Emmanuel Polanco pour PM

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Cet article est issu du numéro 8 de Philosophie magazine « 8 - avril 2007 », en kiosque le 27 mars 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Hegel a voulu englober toute l’expérience humaine dans la pensée. Pour lui, la raison intervient dans chaque événement et chaque domaine de la vie. Un « savoir absolu » qui permet de se sentir partout « chez soi ».

Saisir et comprendre ce qui est, telle est la tâche de la philosophie, car ce qui est, c’est la raison » est-il indiqué dans la préface des Principes de la philosophie du droit. Pour Hegel, l’heure n’est plus à la critique de la raison que Kant a poussée à son maximum, mais plutôt à sa restauration. Car, dans la pensée hégélienne, le but de la philosophie n’est pas de séparer ou de limiter les pouvoirs de l’esprit, mais de produire la réconciliation suprême : réconcilier l’homme avec lui-même (trop souvent étranger), avec le monde (qui semble extérieur) et surtout avec l’absolu (qui paraît transcendant).

Hegel renoue avec la tâche traditionnelle de la philosophie comme quête de la sagesse. Toute sa philosophie consiste à montrer que l’absolu, loin d’être un idéal inaccessible, est présent dans l’expérience quotidienne la plus naïve et la plus courante. Moment ultime de la réconciliation, le « savoir absolu » est le trajet de cette prise de conscience. Il ne s’agit donc ni d’éliminer l’illusion et l’erreur, ni d’abolir le mal, ni d’ignorer la mort, mais de les intégrer comme des moments nécessaires du vrai, du bien et de la vie.

 

L’esprit

« L’absolu est esprit : c’est là la définition la plus haute de l’absolu. » Une définition bien énigmatique. Elle contient pourtant deux idées simples : nous n’avons jamais accès au réel que par l’esprit : même le plus matérialiste des savants a besoin – ne serait-ce que pour prôner son matérialisme – de le « mettre en idée ». Et l’esprit n’est pas passivité ou contemplation, mais il est, au contraire, toujours activité : il pose, nie, recompose… bref, il fait être tout ce qui est.

À partir de là, Hegel distingue trois dimensions. Il y a d’abord l’esprit subjectif, qui désigne les facultés humaines de concevoir, d’imaginer, de juger, de percevoir. Ensuite, l’esprit objectif, qui se manifeste dans les relations humaines, à travers le droit, la moralité, les mœurs, les institutions sociales et politiques. L’esprit absolu, enfin, est l’esprit qui se réfléchit lui-même à travers les œuvres d’art, les représentations religieuses ou les idées philosophiques. Conséquence capitale : la philosophie ne se définit plus comme une contemplation des idées, mais elle exige une attention inédite au contenu historique. Intervenant après les événements pour en comprendre le sens, elle est, dit Hegel, comme la chouette de Minerve, qui ne prend son envol qu’à la tombée du jour.

 

Le système

La philosophie hégélienne a poussé le plus loin le projet d’englober dans la pensée toute l’expérience humaine. Le système, pour Hegel, n’est pas seulement un mode de présentation du réel mais le réel lui-même, comme totalité strictement organisée. Pour autant, le philosophe ne prétend pas intégrer tout le réel dans son système, mais seulement achever l’interprétation du sens du réel. Le cercle suprême de l’Encyclopédie des sciences philosophiques, où il entend exposer l’ensemble de ce système, se parcourt en trois cercles qui s’enchaînent selon une dialectique : la Logique (les règles de l’esprit seul), la Philosophie de la nature (l’esprit en tant qu’il s’oppose à la nature) et la Philosophie de l’esprit (l’esprit réconcilié avec lui-même).

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