Hegel a-t-il son attestation ?
Contrôle police à Bordeaux le 19 mars 2020 © Ugo Amez / Sipa
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On peut se demander s’il n’est pas complètement absurde de devoir signer soi-même une attestation pour avoir le droit de sortir de chez soi en temps de confinement. Non, répond Hegel, grand penseur de l’État moderne, car la moralité personnelle ne suffit pas. Éclaircissements.
Je suis confiné chez moi. Je vis à Paris et, comme tous les Français depuis le 17 mars, il me faut une autorisation pour sortir, pour acheter une baguette de pain ou me dégourdir les jambes. Un document officiel, consultable sur le site du ministère de l’Intérieur, doit être imprimé ou recopié, attestant le motif de l’excursion. Cinq choix : travail, achats de première nécessité, santé, raison familiale impérieuse, activité physique minimale. Sans ce document et en cas d’infraction, l’amende est de 135 euros. Mais… que vaut donc cette attestation simplement signée sur l’honneur ?
C’est la question que l’on se pose après avoir consciencieusement recopié le document et reposé sa plus belle plume. Comment justifier soi-même un « déplacement dérogatoire » ? Est-ce une facétie absurde de l’administration, sans valeur juridique véritable ? Non, puisque toute infraction peut bien être sanctionnée. S’agit-il alors d’une confiance déraisonnable donnée dans l’autonomie de l’individu, et dans sa conscience morale ? Non plus, sans quoi ce papier et ces contrôles seraient tout simplement inutiles. Pour comprendre, il faut revenir à la notion de « vie éthique », selon Hegel.