Naissance d’une notion
La vicariance
© Emmanuel Polanco pour PM
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Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour les neurosciences, ce sont les chemins de traverse que prend notre cerveau devant un obstacle. Un processus qui expliquerait la créativité et l’ouverture aux autres.
La créativité humaine serait-elle une affaire de vicaires ? Dans une paroisse, le vicaire est celui qui remplace le curé, de même que le vice-président pallie les absences du président, la chaîne des suppléants magnifiques permettant au spectacle de continuer, voire de se développer dans des directions inattendues. Car le vicaire peut parfois être un prêcheur plus original que le curé et ouvrir de nouveaux mondes… C’est la thèse du neurophysiologiste Alain Berthoz : la vicariance, trait caractéristique du fonctionnement cérébral, est l’un des principes fondamentaux de la vie. Sur le plan neuronal, les processus vicariants sont ceux par lesquels une fonction empêchée ou lésée est prise en charge par une autre pour aboutir au même but : si vous êtes plongé dans l’obscurité, vous vous repérez par le toucher, l’odeur, l’ouïe ou toute autre sensation activée par une autre zone du cerveau. De même, l’imagerie cérébrale a montré que plusieurs réseaux neuronaux pouvaient, selon les individus, être utilisés pour résoudre un même problème – se représenter un itinéraire dans l’espace, selon que vous êtes visuel ou auditif, que vous avez besoin d’un plan ou d’une liste d’étapes. Plusieurs chemins pour un but similaire : la nature préfère les détours aux impasses.