Hors-série "Blaise Pascal, l’homme face à l’infini"
Le cœur, clé du monde et de Dieu
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Cet article est issu du Hors-série n°n° 42 de Philosophie magazine « Blaise Pascal, l’homme face à l’infini », en kiosque le 01 juillet 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
D’où viennent nos certitudes ? De la raison, mais aussi du cœur, répond Pascal : les certitudes premières reposent sur des vérités indéniables, mais néanmoins inexplicables, tirées de l’intuition. Le cœur, accès à la certitude du monde, permet aussi de recevoir Dieu pour ceux à qui est conférée la grâce.
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Cette formule, l’une des plus célèbres des Pensées, peut induire en erreur. En effet, Pascal n’est pas irrationaliste, bien au contraire : mathématicien et physicien novateur, il connaît parfaitement les vertus de la raison. Mais il en connaît aussi les limites : « deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison », résume-t-il. Ce qui se joue dans ce fragment, c’est l’existence de deux « ordres » de connaissance, de vérité, de certitude : « le cœur […] fait dire non scio mais credo » : non pas « je sais », mais « je crois ». Au contraire, par le raisonnement, l’esprit est capable de démontrer, de prouver, de connaître.
Cependant, par une régression à l’infini, Pascal souligne que les démonstrations de la raison reposent toujours sur des « principes », des certitudes premières dont il est impossible de dire autre chose que « ceci est vrai ». « Il y a espace, temps, mouvement, nombres » ; le monde est réel, nous ne rêvons pas. Telles sont les vérités du « cœur », de l’« instinct », du « sentiment », sur lesquelles le raisonnement « fonde tout son discours » : ce sont des vérités inexplicables, ineffables, tirées de l’intuition immédiate – alors que le raisonnement implique la temporalité de l’enchaînement des arguments. Le choix du terme « cœur » est significatif : c’est un motif essentiel chez saint Augustin, qui l’emploie déjà de manière métaphorique pour évoquer l’amour de Dieu. Pascal reprend cette idée : « Dieu met la religion […] dans le cœur par la grâce » ; la foi est un don, comme le sont les premiers principes qui nous permettent de comprendre la réalité.