Actualité

Le pari d’Éric Rohmer

Temps de lecture : 4 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 37 de Philosophie magazine « 37 - mars 2010 », en kiosque le 25 février 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Disparu le 11 janvier dernier, à l’âge de 89 ans, le cinéaste de la « nouvelle vague » a été marqué par Blaise Pascal. La référence à l’auteur des Pensées structure notamment Ma nuit chez Maud, troisième opus des Contes moraux. À travers l’analyse du film, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer lui rend hommage.

« Dans la séquence du dîner de Ma nuit chez Maud, les personnages ont une discussion philosophique sérieuse, où sont également engagés des rapports de séduction. Une rivalité s’instaure entre Jean-Louis et Vidal, avec comme pierre d’achoppement le rapport à Pascal et pour enjeu le fait de plaire à Maud. Vidal est un marxiste, athée, qui parie en pascalien sur le sens de l’Histoire. Pour lui, même si cette hypothèse – que l’Histoire ait un sens – est moins susceptible d’être vraie que l’hypothèse inverse, il faut néanmoins en prendre le parti, car c’est « la seule qui justifie [sa] vie et [son] action ». Jean-Louis est un catholique qui se dit « très déçu » par Pascal. Il critique en particulier le renoncement pascalien aux plaisirs, et proclame son goût pour le vin (le chanturgue) et les femmes… Il triomphe : Maud l’invite à rester en sa compagnie alors que Vidal, ivre, part dépité dans la nuit. Cependant, Jean-Louis est à sa manière « pris » par Pascal, dans la mesure où il fait son propre pari. Celui-ci porte sur le pur amour et le mariage chrétien, assorti de fidélité. Jean-Louis parie qu’il sera heureux avec Françoise (blonde, elle-même catholique), ce qui suppose d’abandonner les relations libertines, éphémères, comme celle qu’il a engagée avec Maud (brune, infidèle, divorcée). L’épilogue indique que le pari de Jean-Louis s’est révélé gagnant : il s’est marié avec Françoise, a eu un garçon avec elle, et lorsque le couple croise Maud, elle est seule, apparemment malheureuse… Tel est le principe narratif des Contes moraux : un homme qui se pense lié à une femme en rencontre une autre, est tenté par elle, mais finit par revenir à la première, celle sur laquelle s’est porté son choix de vie.

Cet article est réservé aux abonnés