Le déclin de l’ordre sexuel

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Cet article est issu du numéro 11 de Philosophie magazine « 11 - été 2007 », en kiosque le 05 juillet 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

D’Aristote à Nietzsche, les philosophes ont perpétué les croyances de leur époque quand ils se sont exprimés sur la différence des sexes. Car les mots « homme » et « femme » sont si profondément ancrés dans le langage qu’il est difficile de s’en défaire.

« On a inventé deux pôles, homme et femme, et entre eux ce monde insensé de tensions, d’inhibitions, de convulsions, d’aberrations. Aujourd’hui, nous sommes las de cette idéologie boursouflée, presque aussi grotesque qu’une gastrosophie. [...] Tôt ou tard viendra une ère de camaraderie sexuelle où le garçon et la fille considéreront avec un parfait accord dans l’étonnement un tas de vieux ressorts cassés qui auront été un jour l’homme et la femme. »

Ces paroles, que l’écrivain autrichien Robert Musil prête à son héros dans L’Homme sans qualités, sonnent aujourd’hui comme le signe avant-coureur d’un malaise dans la sexuation, pour détourner un titre freudien, dont notre temps a peut-être pour tâche d’élucider quelque chose.

Entre la certitude que « c’est l’observation de la différence des sexes qui est au fondement de toute pensée, aussi bien traditionnelle que scientifique », soutenue entre autres par Françoise Héritier, et les interrogations que portent à leur façon les gender studies et la théorie queer, comment comprendre ce qui se joue ? Entre les tenants d’un ordre sexuel garant de l’« ordre symbolique », arc-bouté sur l’assomption de la différence sexuelle, et ce que les mutations des formes de vie que notre présent nous donne à vivre et à penser – féminisme en ses diverses formes, mariage homosexué désormais imaginable, avatars non hétérosexués de la parenté, tout cela sans qu’à ce qu’on sache, contrairement aux prophéties des Cassandres en tout genre, nous en soyons plus ou moins fous –, comment nous y retrouver ? Comment apprécier les enjeux de vie et de pensée contemporains, pris dans une histoire saturée de pratiques et de discours, de cette « complication réaliste », pour reprendre encore Robert Musil, que constitue le « fait », en lui même dépourvu de sens, de la sexuation ?

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