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Le désir est-il la marque de notre imperfection ?
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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« Le désir »
Pulsion, manque, aspiration.
« la marque »
L’expression, le sceau, le signe.
« imperfection »
Finitude, incomplétude, corruption morale.
Premières intuitions
Au commencement, raconte Platon dans Le Banquet, les êtres humains, mâles, femelles et androgynes étaient doubles (huit membres, quatre oreilles, deux visages, etc.), mais, pour punir leur orgueil et les affaiblir, Zeus les coupa en deux. Aussi se désirent-ils pour retrouver cette unité perdue. Le désir serait donc bien la marque de notre imperfection, d’un manque originel, inscrit dans notre nature. La souffrance, la frustration liées au désir ne sont-elles pas en effet les stigmates de notre finitude morale et matérielle ?
Mais sans désir que nous reste-t-il, si ce n’est l’Ennui, « ce monstre délicat », « plus laid, plus méchant, plus immonde ! » que nos autres vices comme l’écrit Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal ?
Ne devons-nous pas alors penser le désir autrement que réduit à une pure négativité ?
Exemples qui viennent à l’esprit
Dans Bel-Ami, de Guy de Maupassant (1885), le héros Georges Duruy incarne l’insatiabilité du désir autant que sa puissance. Porté par une aspiration illimitée d’ascension sociale, aucun obstacle ne lui résiste, et son élévation semble vouée à se prolonger indéfiniment.
Emma Bovary, l’héroïne du roman de Gustave Flaubert (1857), nous offre l’image contraire d’une existence gâchée par un insatiable désir, impossible à satisfaire et signe de l’incapacité de l’héroïne à se satisfaire du présent et du réel, ou de l’imperfection fondamentale de ceux-ci…
Dans une certaine tradition catholique, les pratiques de mortification sont le signe de la corruption de la chair : « Mortifiez donc vos membres terrestres : fornication, impureté, passion coupable, mauvais désirs, et la cupidité qui est une idolâtrie ; voilà ce qui attire la colère divine sur ceux qui résistent » (Paul, Épître aux Colossiens, 3:5).