Le fatalisme sans la résignation

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Cet article est issu du numéro 73 de Philosophie magazine « 73 - octobre 2013 », en kiosque le 19 septembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Dominique Lecourt, Diderot met à mal l’hypothèse du libre arbitre pour mieux élaborer une logique du bonheur. Explications à la lumière de son roman le plus déroutant et le plus profond, “Jacques le fataliste et son maître”.

Trois cents ans après sa naissance, c’est à peine si nous commençons à prendre la mesure de l’œuvre philosophique personnelle de Diderot. Cette œuvre n’aura longtemps été connue du public que par fragments, publiés pour l’essentiel à titre posthume. Diderot, dénoncé comme ennemi de la religion, fut emprisonné au château de Vincennes en 1749 pour l’athéisme de sa Lettre sur les aveugles et la grivoiserie des Bijoux indiscrets (1748). L’intolérance était en ce temps-là une brutale réalité quotidienne. D’où sa stratégie de publication. Celui que ses contemporains appelaient « le Philosophe » a gardé par-devers lui nombre de ses textes.

Avoir mené à bien, contre les vents et les marées de la censure et des trahisons, l’immense chantier de l’Encyclopédie passa pour sa contribution majeure à la diffusion de « l’esprit des Lumières ». Mais cet esprit est également à l’œuvre dans le plus profond, le plus déroutant aussi de ses livres : Jacques le fataliste et son maître, que nous redécouvrons aujourd’hui. Sa rédaction débute vers 1765, et Diderot ne cesse de l’augmenter jusqu’à sa mort en 1784. Il y raconte les aventures et les conversations de deux cavaliers, Jacques et son maître, en route vers une destination inconnue. La conversation roule, non sans cahots, sur « les amours de Jacques ». Comment tombe-t-on amoureux ? Est-ce un hasard ? La providence ? Et l’amour peut-il être durable, indissoluble ?

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