Éducation
Le jeu à l’école, c’est du sérieux !
Des enfants jouant dans la cour de récréation de l’école primaire de la Villedieu, à Élancourt (78). Série “La Villedieu, Élancourt : 31” (2012), par Éric Bouttier. © Éric Bouttier/VOZ’Image
Cet article est réservé aux abonnés.
« Apprendre en s’amusant ». Cette phrase n’est-elle qu’un slogan publicitaire pratique pour vendre des jeux éducatifs ou est-elle, au contraire, un adage philosophiquement et pédagogiquement pertinent ? Sur cette question, Kant s’oppose à Dewey et Rousseau. Les jeux sont serrés !
Kant ou l’art de calmer le jeu
Dans ses Réflexions sur l’éducation (1803), Kant distingue fermement « la culture libre », regroupant tous les loisirs de l’enfant, de « la culture scolaire », qui « doit être un travail » et une « occupation par contrainte ». Bref, il y a un temps pour tout, selon le philosophe allemand qui n’était pas particulièrement connu pour être un boute-en-train. Pourquoi différencier à ce point la liberté de la contrainte, et le jeu, du travail ? C’est car, selon Kant, le mélange des temporalités risque de donner un aperçu mensonger et illusoire de ce qu’est la vie d’adulte, remplies d’une ribambelle de contraintes austères et d’obligations pénibles. Par conséquent, « les enfants doivent être habitués de très bonne heure à des occupations sérieuses, puisqu’ils devront un jour rentrer dans la vie sérieuse. » Jouer c’est jouer, apprendre, c’est travailler !
Rousseau : jouer pour se renforcer
Pour l’auteur de l’Émile ou de l’éducation (1762), le jeu est à l’inverse la meilleure école de la vie. Il n’y a rien de tel pour prendre du poil de la bête. Selon lui, « dans tous les jeux où [les enfants] sont bien persuadés que ce n’est que jeu, ils souffrent sans se plaindre, et même en riant, ce qu’ils ne souffriraient jamais autrement sans verser des torrents de larmes. » Rousseau préconise donc des jeux qui forgent la jeunesse. Par exemple « les jeux de nuit » auront selon lui pour conséquence d’ôter rapidement à l’enfant la peur du noir. Un fois habitué, celui-ci rira « en entrant dans l’obscurité ». Le jeu permet ainsi de supporter les ténèbres, de se forger contre les maux de la vie : de danser dans la nuit.