Souvenirs du présent
Le mélange des genres en 1769
© Seb Jarnot pour PM
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Cet article est issu du numéro 73 de Philosophie magazine « 73 - octobre 2013 », en kiosque le 19 septembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« L’homme n’est peut-être que le monstre de la femme, ou la femme le monstre de l’homme. » Denis Diderot, « Le Rêve de d’Alembert »
Comment Denis Diderot arrive-t-il à récuser, dans l’étincelant Rêve de d’Alembert (plus de deux siècles avant qu’un hyperféminisme ne s’y essaie), la dichotomie homme-femme ? D’où lui vient cette « idée bien folle » – comme la qualifie une fictive Julie de Lespinasse ? « Cette idée vous serait venue bien plus vite encore, si vous eussiez su que la femme a toutes les parties de l’homme, et que la seule différence qu’il y ait est celle d’une bourse pendante en dehors, ou d’une bourse retournée en dedans… » lui répond le Docteur Bordeu, avant d’expliquer, dans une tirade stupéfiante, que le sexe des femmes dispose d’un prépuce et d’un gland, tandis « qu’il y a dans l’homme depuis l’anus, jusqu’au scrotum, intervalle qu’on appelle le périnée, et du scrotum jusqu’à l’extrémité de la verge, une couture qui semble être la reprise d’une vulve faufilée… La matrice n’est autre chose qu’un scrotum retourné de dehors en dedans, mouvement dans lequel les testicules ont été jetés hors de la bourse qui les renfermait, et dispersés de droite à gauche dans la cavité du corps ». Autrement dit, c’est voir le monde de l’extérieur (et de travers) que d’y séparer clairement et distinctement le mâle et la femelle. Étonnant, non ?