À propos de « Cinquante nuances de Grey » d’E.L. James

Les ombres du genre

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Les ombres du genre

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Comment expliquer le succès du roman Fifty Shades of Grey, d'E. L. James? Pour l’actuaire et philosophe Christian Walter, spécialiste de mathématiques financières du hasard (actuariat) et membre de l’équipe de NoSoPhi, il tient à un mélange des genres, à un « drôle de genre ».

Dans L'érotisme, son ouvrage publié en 1986, Francesco Alberoni énonce dès les premiers mots l'hypothèse dont il va déployer tous les registres et toutes les possibilités le long de son étude : la puissance de l'éros se manifeste différemment selon le sexe ou, en d'autres termes : il existe une différence fondamentale qui distingue les imaginaires érotiques masculin et féminin. Le livre s'ouvre ainsi sur cette affirmation : « L'érotisme est placé sous le signe d'une différence dramatique, violente, excessive et secrète » (p. 9). La forme que prend le mouvement érotique, la morphologie de l'éros, n'est pas la même chez l'homme et chez la femme. Pour employer un néologisme actuel, on dirait que Éros est « genré », c'est-à-dire qu’Éros s'inscrit spécifiquement et distinctement dans les genres masculin ou féminin.

Pour illustrer cette différence, Alberoni prend l'exemple des publications que l'on trouvait aux devantures des kiosques à journaux dans l'Italie des années 1980. D'un côté, les magazines pornographiques destinés aux hommes. De l'autre, les romans sentimentaux pour les femmes (ceux des éditions Harlequin, les romans de Delly ou de Barbara Cartland, les rubriques « courrier du cœur »). Les mythes, les images, les fantasmes, sont spécifiques selon le côté du kiosque. Chaque côté a fait l'objet de nombreuses études. Par exemple, l'histoire de la formation du genre sentimental (qui correspond à l'anglais romance et qui s'est développé dans tous les pays occidentaux) a été décrite par Anthony Giddens dans La transformation de l'intimité. Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes (1992). La structure de base du roman sentimental est à peu près constante. 
 

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