Éditorial
Le mythe du solitaire
© Micaël pour PM
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Cet article est issu du numéro 18 de Philosophie magazine « 18 - avril 2008 », en kiosque le 27 mars 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Vous rêvez d’être artiste ou philosophe, de donner libre cours à la plénitude de vos talents ? Fuyez l’amour conjugal. Si vous avez un(e) conjoint(e), il vous faut envisager de toute urgence une séparation. Pourquoi ? Parce que le célibat est « producteur d’intensités ». C’est Gilles Deleuze qui l’exprime en ces termes, dans son essai consacré à Kafka. Bien sûr, le célibat a ses mauvais côtés, il est guetté par le risque de « tourner en rond », par la peur, par « la tentation œdipienne de sortir de la vie d’ermite ». Il côtoie la déraison, voire la schizophrénie. Mais peu importent ses moments de faiblesse, le célibataire est avant tout « le Déterritorialisé, celui qui n’a pas de centre ni de grand complexe de possessions ». Il atteint au plus haut niveau du désir, personne davantage que lui n’est susceptible de créer. D’ailleurs, délivré de cette institution sociale intermédiaire qu’est la famille, il est capable d’un affrontement direct avec la société dans son ensemble, avec la politique, bref, il joue son existence dans l’Histoire. N’ayant pas à défendre les siens, le célibataire peut prendre la parole au nom de l’universel.