Russie / Politique

Mort de Prigojine, naissance d’un mythe

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Montage PM © Stringer/Anadolu/AFP/Yanina Shuisky

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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Si l’élimination du chef de la milice Wagner est plus que probable, les circonstances de sa disparition font naître le mythe d’un Prigojine toujours vivant. Cette croyance, classique dans l’histoire russe, a de quoi annoncer des déstabilisations futures.

 

Sur la tombe de Prigojine, on a lu des vers du poète Joseph Brodsky : « Mort ou vivant, / il n’y a pas de différence. » Même si le chef de Wagner a été éliminé par Poutine, un mythe est né. La mort de celui qui a lancé ses hommes vers Moscou le 23 juin et provoqué une panique au sommet de l’État est en effet, pour l’instant, indémontrable. Il n’y aura pas d’enquête internationale ou indépendante. L’identification des corps et la détermination des causes du crash de son avion sont sous le contrôle de l’État russe. Le site de l’accident, situé non loin d’une résidence de Vladimir Poutine, a été rasé au bulldozer.

Cette opacité risque de donner naissance à un autre scénario dans l’esprit des supporters de Prigojine. Comme dans le film Le Troisième Homme de Carol Reed, l’homme qu’on a enterré n’est pas dans la tombe. On fait passer le rebelle pour mort afin de le laisser vivre quelque part sous une autre identité. Dans un ultime pacte, les deux compères pétersbourgeois Poutine et Prigojine ont imaginé ce stratagème pour laisser le second vivant et le premier serein pour des années. Absurde ? Le 1er septembre, l’institut de sondage indépendant Levada a publié ses résultats sur les causes possibles de la disparition de Prigojine. 26 %, les plus âgés, qui ne s’informent que par la télévision, disent croire à la thèse, officielle, de l’accident. 20 %, souvent parmi les plus jeunes, considèrent qu’il s’agit d’une vengeance du pouvoir. 14 % croient à un acte terroriste organisé par des services étrangers. Mais ils sont 16 % (21 % chez les 25-39 ans) à considérer que c’est Prigojine lui-même qui a organisé ce crash aérien et qu’il est en réalité vivant.

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