Rentrée littéraire

Le salaire de la vérité

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Le salaire de la vérité

© Éditions Grasset

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Dans une fascinante investigation littéraire, In violentia veritas (Grasset, 2025), l’écrivain Catherine Girard fait la vérité sur l’implication de son père Georges Arnaud, auteur du célèbre roman Le Salaire de la peur, dans le triple meurtre survenu dans la maison familiale en 1941. L’essayiste Sonia Feertchak, autrice de La vérité tue (Philosophie magazine Éditeur, 2021) essaie de cerner le statut de cette vérité enfin révélée. 


 

Quiconque entend cacher la vérité vit dans la peur permanente que celle-ci n’éclate. Comme les quatre hommes qui conduisent, terrifiés à l’idée que les bidons de nitroglycérine qu’ils transportent n’explosent, dans Le Salaire de la peur, film d’Henri-Georges Clouzot sorti en 1953 adapté du roman de Georges Arnaud paru en 1949. 

Huit ans plus tôt, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’écrivain, de son vrai nom Henri Girard, a été accusé puis acquitté d’un triple meurtre familial.

2025. La vérité éclate dans In violentia veritas de Catherine Girard, fille d’Henri Girard : celui-ci était bien l’assassin de son père, de sa tante et de leur domestique. Il l’avait avoué à sa fille. « À quoi bon écrire si ce n’est pour désenfouir des choses », les mots d’Annie Ernaux dans Mémoire de fille résonnent à propos. Le destin de la littérature est-il de dire la vérité ? 

“Une histoire vraie”

Au sein de l’intrigue ou en miroir de la société, dans le texte ou au niveau du sous-texte, la littérature met en lumière ce que le lecteur n’avait pas vu, ou que l’ordre établi avait tu, elle dit de l’humain ou du monde ce qui ne l’avait encore jamais été. La vérité littéraire est parfois si bien cachée que l’auteur même ignore qu’il est en train de la délivrer. « Prise au sérieux, la littérature l’est au plus haut point, dans la mesure où elle est jugée porteuse d’une connaissance incomparable, écrit le professeur de littérature Pierre Bayard dans Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ? (2004). Mais, dans le même temps, elle se voit attribuer une place secondaire, puisqu’elle n’est pas à même de délivrer sans médiation une connaissance qui ne lui appartient pas véritablement. Ainsi l’écrivain ressemble-t-il à un messager qui transporterait des lettres dont il ignore le contenu. »

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