Entretien
Andreï Zoubov : “Le mensonge empêche de tirer les leçons du passé”
Moscou (Russie), le 23 août 1939. Friedrich Gaus, Joachim von Ribbentrop, Joseph Staline et Viatcheslav Molotov lors de la signature du pacte germano-soviétique. © Collection Michel Lefebvre/adoc-photos
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Intimidations, menaces, emprisonnement, violences et même meurtres : les « producteurs d’histoire » sont dans le collimateur du régime russe depuis plusieurs années, souligne un rapport récent de la Fédération internationale des droits humains. L’enjeu de ces « crimes contre l’histoire » : contrôler le récit national, afin d’asseoir la légitimité du pouvoir. Éclairage avec l’historien Andreï Zoubov, qui déplore l’impossibilité croissante de se confronter avec les drames du passé.
Un rapport récent de la Fédération internationale des droits humains liste les différents « crimes contre l’histoire » commis par le régime russe. Vous-même avez subi des pressions ?
Andreï Zoubov : Je suis profondément préoccupé par le sort de nombre de mes collègues qui sont arrêtés pour avoir exprimé leurs opinions scientifiques, parfois emprisonnés pendant de nombreuses années sur la base de fausses accusations, comme c’est le cas de l’historien Iouri Dmitriev, de Carélie, parfois privés du droit de soutenir une thèse sur des sujets « non autorisés », ou dont les thèses déjà soutenues sont rejetées, comme ce fut le cas de l’historien pétersbourgeois Kirill Alexandrov, qui avait soutenu sa thèse de doctorat sur les formations militaires russes combattant aux côtés de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Personnellement, je n’ai pas été visé par ces persécutions en tant qu’historien. Mes livres sont publiés et vendus librement en Russie – j’ai en premier lieu à l’esprit l’ouvrage en deux volumes, puis en trois volumes paru sous ma direction qui s’intitule Histoire de la Russie au vingtième siècle et qui a fait l’objet de nombreuses réimpressions de 2009 à aujourd’hui. Il y a eu quelques critiques, il y a même eu un procès car une recension m’attribuait des propos qui ne figuraient pas dans l’ouvrage, mais pour l’instant, tout se passe bien. Il est en vente libre. Je suis jusqu’à présent libre de donner sur YouTube des conférences portant sur l’histoire de la Russie et sur l’histoire de la philosophie et de la religion. En raison de la pandémie, j’ai dû renoncer aux conférences publiques en salle en mars 2020, et je ne sais pas si je pourrai les reprendre. Des lois restreignant l’enseignement ont récemment été adoptées ; peut-être m’empêcheront-elles de reprendre les conférences en salle après la pandémie.