Le temple des philosophes
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Cet article est issu du numéro 65 de Philosophie magazine « 65 - décembre 2012, janvier 2013 », en kiosque le 29 novembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ce lieu ne ressemble à aucune église connue : pour ceux qui s’y rendent, Dieu est d’abord une idée, qu’on approche par la raison davantage que par la foi. C’est pourquoi saint Augustin ou Pascal, pour qui la relation à Dieu est intime et affective, n’en franchissent pas la porte.
Ils ont leur place au temple…
PLATON (– 428/– 348) / Le Démiurge
Timée 29d-31a
Chez Platon, les références à Dieu sont fréquentes, énigmatiques et pas toujours cohérentes entre elles. Tantôt il apparaît comme une entité métaphysique, l’essence suprême, appelée l’Un, l’Être ou le Bien. Tantôt il prend les traits, plus incarnés, d’un démiurge : dans le Timée, Dieu est ainsi comparé à un artisan aux prises avec un matériau rebelle, le monde sensible. Le rôle du Dieu-démiurge est de soumettre la matière chaotique à ses plans, afin de faire du monde un kosmos, un tout harmonieusement organisé, et de rendre ainsi possible l’action humaine.
ARISTOTE (– 384/– 322) / Le Premier Moteur
Métaphysique, t. II, livre L, chap. 7
Pour Aristote, la nature est en mouvement permanent. Mais pour qu’elle fonctionne, il faut une puissance motrice capable d’activer tous ses mécanismes. Dieu est donc le premier moteur, lui-même immobile ; il meut sans être mû. Mais il ne se contente pas d’être la source du mouvement, il joue aussi le rôle de régisseur. C’est un Intellect souverain en perpétuelle contemplation. La Terre est au centre du Cosmos ; Dieu, lui, se trouve au-dessus du Premier Ciel ou sphère suprême, la plus éloignée de nous. C’est donc à distance qu’il fait tourner les maillons de l’Univers.
SAINT ANSELME (1033/1109) / L’Être parfait
Proslogion
Anselme veut avancer une preuve irréfutable qui tienne en une phrase : chacun peut concevoir quelque chose de tel qu’il n’en existe rien de plus grand. Cette chose ne saurait être seulement dans la pensée, car on pourrait en concevoir une plus grande encore qui serait et dans la pensée et dans la réalité. Cette chose est Dieu, qui rassemble toutes les perfections. L’existence de Dieu découle donc de sa définition. Léger problème : cet argument prouve surtout qu’il existe quelque chose plutôt que rien. Quant au Dieu de la Bible, son existence reste très incertaine !