Hors-série "L'art de ne rien faire"
"Le voyage devrait être un hommage rendu au monde", par Laurence Devillairs
© Letizia Le fur - Issue de la série “Je n'ai plus beaucoup de temps, dit-elle” 2016-2021
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du Hors-série n°N°58 de Philosophie magazine « L’Art de ne rien faire », en kiosque le 27 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Rien de moins vacants que nos vacances, comblées comme s’il s’agissait de remplir une case vide au lieu de simplement laisser advenir – l’imprévu, l’oisiveté ou les attentes frustrées.
On pourrait croire que les vacances, et les voyages qui y conduisent, ont pour but d’apprendre à ne rien faire, à vivre autrement que le reste de l’année, sans réveil ni agenda, sans programme ni suractivité. Il n’en est rien. Depuis Sénèque, les philosophes ne cessent de s’étonner de nous voir gagnés par une fièvre d’action là où nous devrions au contraire savourer l’inaction. Ou plutôt nous adonner à l’oisiveté fructueuse, celle qui fait disposer de son temps et non le dilapider, s’inquiéter des vraies questions et non se tracasser de l’inessentiel.
Nous avons transformé l’oisiveté en loisirs, c’est-à-dire en obsession du faire : vous avez fait le GR 20 ? Ou du kitesurf ? Vous avez fait quoi pendant vos vacances ? L’idéal serait de répondre : rien. Absolument rien. À la manière de Peter Matthiessen, parti observer la panthère des neiges et qui, répondant à notre question empressée de savoir s’il l’avait bien vue, affirme : « Non, n’est-ce pas merveilleux ? » Ne rien faire est le vrai voyage, le seul capable d’honorer la beauté du monde en ne cherchant pas à la posséder.