L’enfer, c’est le pur esprit!

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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans son livre “Palladium”, Boris Razon livre son expérience d’une épreuve extrême : celle d’une paralysie totale. Voici une méditation inédite de l’auteur.

Longtemps, j’ai ignoré mon corps. Ce n’était pas que je ne le savais pas là, ni même qu’il ne me donnait pas de plaisir mais, comme bien d’autres avant moi, je le considérais comme une évidence. Il était là, point. Et je m’en servais pour boire et manger, fumer et baiser. Et j’aimais cela. J’aurais pu dire que j’étais un bon vivant, même si, par cette affectation très française, je cherchais l’esprit derrière le corps. Cette chose poilue faite d’os, de nerfs et de muscles, dotée d’une sensibilité, était un moyen, une porte d’entrée, une voie d’accès vers des satisfactions profondes et simples. Manger, boire, fumer, baiser. Et peut-être nager aussi. Seulement, j’aurais dit alors que nager forçait les retrouvailles avec un élément naturel, la mer et, peut-être, l’enfance. J’ai pratiqué des sports pourtant, notamment le tennis et l’escrime. Je me débrouillais bien. J’étais vif, rapide, j’avais une bonne vitesse d’exécution. Cela aurait pu me suffire. L’exercice du corps en soi, le seul fait de se tenir sur ses jambes fléchies, les sens en alerte, la pointe de l’épée droite comme un prolongement naturel de la main. Mais non. Je décrivais l’escrime comme « une partie d’échecs physique ». Et, bien entendu, c’est cela qui me plaisait. L’idée que mon corps me permettait de vivre ce duel mental. Il était le véhicule commode de mon esprit, c’est tout. Je ne vais pas non plus faire le bravache. J’étais soucieux de mon apparence, soucieux de plaire mais, j’avais cette chance, c’était facile.

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