Humeur

Les limites de la compassion

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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Nicolas Sarkozy a fait du zèle compassionnel une méthode de gouvernement. Au risque de noyer la politique dans le partage des émotions…

L ’empressement du président de la République à se porter au secours des victimes est une constante qui, à ce jour, ne s’est pas encore démentie. L’énumération de ses gestes compassionnels dûment médiatisés serait fastidieuse et la liste n’est certainement pas close. Cette culture de l’empathie n’est pas qu’une affaire de sensibilité personnelle : elle témoigne d’une volonté délibérée liée à une certaine conception du pouvoir et de son exercice. « Je serai le Président des victimes et non celui des délinquants », avait-il proclamé au moment de sa campagne présidentielle. On ne peut que relever la cohérence et la continuité de son attitude. Cette hyperréactivité se manifeste aussi bien à l’intérieur de l’Hexagone que hors de ses frontières. Après le sauvetage spectaculaire des infirmières bulgares, le Président est intervenu dans l’affaire de L’arche de Zoé pour ramener les journalistes et les hôtesses de l’air incriminés au Soudan. Enfin, il s’est investi personnellement en faveur de la libération d’Ingrid Betancourt en squattant littéralement le devant de la scène par la diffusion de deux messages. Le premier adressé directement sur RFI à l’otage : « Ingrid, nous ne vous laisserons jamais tomber » ; le second transmis par vidéo aux Farc (Forces armées révolution-naires de Colombie) : « Il faut sauver une femme en danger de mort… Je forme un rêve, celui de voir Ingrid au milieu des siens pour Noël. »

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