Un classique éclaire le présent

Les manifestations en Chine vues par… Hegel

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Les manifestations en Chine vues par… Hegel

Pékin (Chine), le 28 novembre 2022. Des centaines de personnes sont descendues dans les rues des grandes villes chinoises pour protester contre la politique “zéro Covid” du pays dans un rare élan de colère publique contre l’État. © Noel Celis/AFP

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Des manifestations sans précédent ont lieu dans toute la Chine, qui remettent en cause la politique du « zéro Covid » et les confinements autoritaires. Quel est le sens de cet événement inattendu ? Sur quoi va-t-il déboucher ?

 

Pour essayer de mieux comprendre le sens de cette histoire en train de se faire, nous nous sommes glissés dans la tête des grands philosophes du passé pour imaginer ce qu’ils auraient pu en penser, au présent. Avant d’entendre Michel Foucault, Hannah Arendt ou Jean-Paul Sartre, aujourd’hui, c’est au penseur de l’histoire G. W. F. Hegel que nous avons demandé ses lumières. 

 

Les manifestations qui secouent la Chine ne sont pas une surprise de l’histoire, et encore moins l’effet de la seule volonté des individus. Il s’agit un processus dialectique dont on peut saisir la logique car, comme je l’ai toujours pensé, « ce qui est rationnel est effectif ; ce qui est effectif est rationnel ».

Premièrement, le Covid, né en Chine a fait le tour du monde, avant de revenir à son point de naissance, mais enrichi de sa dynamique propre : meurtrière, la pandémie s’est déployée en vagues de moins en moins dangereuses, grâce à une progression de l’immunité collective et des vaccins efficaces. La plupart des pays ont tâtonné puis se sont adaptés, souvent avec succès, à ces métamorphoses. Le pouvoir chinois, lui, a appliqué une solution abstraite, rigide et uniforme, la politique du « zéro Covid ». Il a lutté contre la mort en instaurant des confinements stricts, assurés par un contrôle impitoyable. Mais après une première phase de succès, qui a grisé les dirigeants chinois dans leur course à la domination universelle, le processus a muté : la négation de la mort est devenue « négation de la négation », le confinement autoritaire ayant contraint la conscience des citoyens et bridé leur vitalité naturelle. Excédés, certains préfèrent désormais sortir de leur conscience malheureuse. Mais ce dépassement (Aufhebung) conserve en lui tout ce qu’il a traversé. De manifestants portent des masques, qui leur permettent de ne pas se contaminer, tout en dissimulant leurs visages. Ils ne nient pas la dangerosité du Covid, mais l’état de mort sociale dans laquelle la politique de leur gouvernement les a plongés.

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