L’espoir

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Cet article est issu du numéro 18 de Philosophie magazine « 18 - avril 2008 », en kiosque le 27 mars 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Loin d’encourager le changement, il éteint les révoltes. Il rend tolérable la servitude et facilite la résignation. L’espoir naît de la tristesse tant et si bien que renoncer à lui, c’est se guérir d’elle.

Tant qu’il y a de la mort, il y a de l’espoir. Comment trouver la force de vivre, de « bricoler dans l’éphémère » (Cioran), sans un tel antalgique ? Comment alléger la fatalité, amortir la douleur, sans recourir à l’inquiétude consolatrice dont abusent les prophètes pour asseoir leur tutelle sur les consciences ? Tel le verre de Badoit dont les bulles verticales soulagent les entrailles en tapissant les parois de l’homme repu, l’espoir est un digestif qui, faute de rendre l’existence comestible, contribue efficacement à nous faire avaler la pilule. L’espoir est une affaire d’estomac. Si vous avez l’estomac fragile, si la vie vous blesse, vous devez prendre la potion magique de l’espoir qui supprime la douleur par la seule perspective de sa suppression ou qui, faute de la gravir, démonte la montagne en se représentant la plaine qui lui succède. Dans la grisaille, l’homme d’espoir hallucine des éclaircies et des lendemains qui chantent. Qu’importe le froid, qu’importe l’injustice, quand il reste l’espoir ? Bien sûr, comme tout refus de la réalité, l’espoir ne supprime pas plus la souffrance que le Prozac n’agit sur les causes d’une dépression, mais, tout de même, il est un peu comme cette vaisselle qui, dit-on, changeait le goût des aliments. Tels des enfants qui plissent les yeux pour ne pas se réveiller, on espère, on se grise, on passe à côté, on s’exile et tout est moins dur le temps que ça dure.

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