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Quand la barbe fait (vraiment) le philosophe
© Doruk Yemenici/Unsplash
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La barbe et la moustache, c’est fini ? Elles n’en finissent pas de revenir ! Le rasage de près, qui tenait le haut du pavé pendant longtemps, cède globalement du terrain au poil – malgré les épiphénomènes de mode qui promeuvent tantôt un hipster à la pilosité foisonnante, tantôt une peau glabre affichant crânement sa perfection juvénile. Au-delà de l’effet du moment, la pilosité faciale demeure une véritable question anthropologique, comme se sont employés à le montrer le philosophe Thomas S. Gowing et l’écrivain Guy de Maupassant.
« Ce qui fait les philosophes, ô Cléa, ce n’est ni l’habitude d’entretenir une longue barbe, ni le manteau », écrivait Plutarque dans son Traité d’Isis et d’Osiris. Assurément, la barbe ne fait pas le philosophe. Ce qui n’empêcha pas certains penseurs de s’intéresser à la pilosité faciale.
Les vertus de la barbe
C’est, en particulier le cas de l’écrivain anglais né en 1806 Thomas S. Gowing, qui, dans Philosophie des barbes (1854), formule l’une des premières défenses argumentées de la barbe – contre la « pratique contre nature » du rasage à blanc qui se développe à l’époque. À ses yeux, « le barbu possède dignité, gravité, liberté, vigueur et complétude, alors qu’avec le rasé […] nous expérimentons une forme de nudité artificielle et conventionnelle », à laquelle il semble manquer quelque chose. À quoi tient donc la vertu de la barbe ? Gowing considère tour à tour différents arguments :
- Protection. « Le plus important [des bénéfices de la barbe] est la protection de certaines des parties les plus sensibles de notre visage contre le froid et l’humidité. » La nature nous a fourni cette protection – pourquoi donc nous en priver ?
- Esthétique. Pour Gowing, la barbe est « le vrai standard de la beauté masculine de l’expression. » Elle « confère d’abord une grâce […] qui parachève le visage masculin ». La pilosité faciale est donc un « ornement », à la fois « utile » et « élégant ».
- Distinction. Si la barbe rend l’homme beau, c’est qu’elle manifeste sa singularité – là où la taille de près crée une uniformité des visages, « aussi lisse, plat, sans caractère ». « Chaque visage individuel est doté d’une barbe individuelle » dont il faut cultiver la singularité. La barbe favorise la « variété » et même la fantaisie : avec les cheveux, c’est l’une des rares parties de notre corps qui, dépourvu de sensibilité, peut être transformé avec fantaisie.
- Symbole. « La partie supérieure du visage – la partie la plus divine – où l’esprit trône, gagne en expression par […] contraste avec la barbe ». La barbe permet une mise en scène, corporelle, de l’intelligence humaine.