Santé
L’étonnante histoire du gaz hilarant
Un homme inhale du protoxyde d’azote (“gaz hilarant”) et un autre en manifeste les effets euphorisants. Gravure sur bois, vers 1840. © Wellcome Collection/Rawpixel
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Trois jeunes ont été retrouvés morts dans leur voiture tombée dans une piscine à Alès (30) début décembre. La consommation de protoxyde d’azote, dont plusieurs bouteilles ont été découvertes à proximité, serait à la source de l’accident. Si la prise de conscience des dangers de ce gaz hilarant est récente, son histoire est ancienne.
Un gaz aux effets inattendus…
Si le protoxyde d’azote est découvert en 1772 par Joseph Priestley, qui le décrit dans ses Experiments and Observations on Different Kinds of Air, il faut attendre une vingtaine d’années pour qu’on en découvre les propriétés euphorisantes. C’est au physicien et chimiste britannique Humphry Davy qu’on doit cette découverte. Fasciné par les effets de ce « gaz hilarant », le scientifique lui consacre un long ouvrage, Researches, Chemical and Philosophical Chiefly Concerning Nitrous Oxide, or Diphlogisticated Nitrous Air, And Its Respiration (« Recherches principalement chimique et philosophique concernant le protoxyde d’azote… »). Il y décrit ses expériences de prises de gaz, en doses variables.
Davy évoque d’abord « une pesanteur de tête avec perte du mouvement volontaire » et « dans tout le corps une sorte de chatouillement agréable, qui se faisait particulièrement sentir à la poitrine et aux extrémités ». Il ajoute :
“Les objets situés autour de moi me paraissaient éblouissants de lumière et le sens de l’ouïe avait acquis un surcroît de finesse. Dans les dernières inspirations, ce chatouillement augmenta, je ressentis une exaltation toute particulière dans le pouvoir musculaire, et j’éprouvai un besoin irrésistible d’agir”
Humphry Davy, Researches, Chemical and Philosophical Chiefly Concerning Nitrous Oxide, or Diphlogisticated Nitrous Air, And Its Respiration (1800)
Lors de cette première expérience, le protoxyde était mêlé à de l’air. Mais Davy entend bien essayer de respirer un gaz plus concentré. Il finit par construire une « boîte respiratoire hermétique » où il s’enferme. Du gaz est injecté toutes les cinq minutes, jusqu’à ce que le chimiste frôle l’évanouissement.