Repérages

L’image/Sublimes abysses

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L’image/Sublimes abysses

©Chameleons Eye/Rex/Shutterstock/Sipa

Cet article est issu du numéro 145 de Philosophie magazine « Plaidoyer pour la nuance (quand tout le monde veut en découdre) », en kiosque le 03 décembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Plus de 500 mètres – plus haut que l’Empire State Building : le récif corallien observé pour la première fois fin octobre par les scientifiques du Schmidt Ocean Institute au nord de la Grande Barrière impressionne par ses dimensions. Découverte exceptionnelle, cette cathédrale vivante « confirme le fait que nous continuons à trouver des structures inconnues et de nouvelles espèces dans nos océans », affirme la scientifique Wendy Schmidt. Si les mers occupent près de 70 % du globe, nous ne connaissons qu’une infime partie des fonds marins – 10 % ou 20 % tout au plus. Ces immenses régions inexplorées promettent d’innombrables surprises. « Nous abordons là le territoire de l’ignorance, presque absolue », confirme l’historien Alain Corbin dans son essai Terra Incognita. Une histoire de l’ignorance (Albin Michel, 2020). Pour lui, les profondeurs ont toujours été le lieu d’une inquiétante énigme : « La peur de l’ignoré est particulièrement torturante. Elle stimule le rêve. De fait, très tôt, les abysses ont été dotés d’une incroyable puissance émotionnelle. » Il ajoute d’ailleurs que « l’ignorance, l’incompréhension avivaient l’émotion », elles « permettaient d’éprouver une gamme de sentiments que le savoir aurait peut-être atténuée ». Autant d’expériences qui, dans la veine romantique, « relevaient du sublime ». Nous faisons des progrès considérables dans l’exploration des mers, mais celles-ci demeurent, dans une large partie, un territoire de fantasmes… abyssal.

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