Logique floue

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Cet article est issu du numéro 84 de Philosophie magazine « 84 - novembre 2014 », en kiosque le 23 octobre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les extraits de l’Éthique à Eudème sur le courage nous permettent, alors même qu’ils ne portent que sur un point particulier d’une discipline particulière, l’éthique, de saisir quelques traits essentiels du « penser aristotélicien ». Son originalité par rapport à Platon est ici flagrante. En effet, pour Socrate, il suffit de savoir ce qu’est le courage pour être courageux. Les êtres humains étant des êtres de raison, ils ne peuvent rationnellement choisir d’être vicieux, alors que la vertu est ce qui nous rend vraiment heureux : selon lui, le vice est donc ignorance. S’il reconnaît comme Platon une part irréductible d’irrationalité en nous, Aristote va plus loin en considérant que la raison elle-même a plusieurs usages. C’est pourquoi la vertu exige une sorte particulière de science, qu’il appelle ici « poïétique » et ailleurs « pratique ».

L’un des fondements de l’aristotélisme est là : des objets différents relèvent de sciences différentes. Exit donc la science platonicienne de toutes choses, qui faisait notamment que le même individu était excellent en mathématiques, en éthique et en politique. Exit donc aussi le philosophe-roi de la République de Platon. Pour Aristote, une science pratique ne porte pas sur des phénomènes indépendants de celui qui les connaît et doit en déceler les lois, mais sur les actions de sujets libres de leurs décisions : elle fournit des prescriptions pour agir, c’est-à-dire pour permettre non pas de « savoir ce qu’est le courage, mais d’être courageux ».

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