Intraduisible

Maaya

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Cet article est issu du numéro 148 de Philosophie magazine, en kiosque le 25 mars 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : bambara 

« Il n’est pas tout seul dans sa tête » : par cette boutade, on a coutume de qualifier quelqu’un dont le psychisme ne fonctionne pas tout à fait normalement. Et si c’était pourtant le lot des hommes que d’être plusieurs et non un ? C’est l’avis des Bambara du Mali qui, plutôt que de « la personne » au singulier (maa), parlent davantage des « personnes de la personne » – maaya. « Cet état de fait date de la genèse, lorsque le démiurge Maa-nala, ayant créé des êtres dont aucun n’était apte à devenir son interlocuteur, préleva une petite portion de tous les existants et mélangea ces fragments afin de créer un être hybride, l’humain, qui contiendrait en lui un brin de l’ensemble des entités peuplant l’univers », commente l’anthropologue Philippe Descola dans Par-delà nature et culture (Gallimard, 2005). Parce qu’il possède un éclat de chaque parcelle de la réalité, l’homme est au centre du monde : il lui incombe d’en prendre soin. Pour Descola, cette manière fragmentaire de penser l’identité est caractéristique de ce qu’il nomme une « ontologie analogique » : « un mode d’identification qui fractionne l’ensemble des existants en une multiplicité d’essences, de formes et de substances ».

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