Naissance d'une notion
Makers
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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans les fablabs, ces nouveaux artisans développent des projets coopératifs et bénévoles, et y voient la seule possibilité d’accomplissement de soi. Au risque d’un nouvel asservissement ?
Découpe laser, machine à commande numérique, imprimante 3D, matériel de bricolage. Bienvenue dans un fablab, ou fabrication laboratory, lieu de socialisation et d’échange des makers. Universitaire, bricoleur, bobo-technophile, spécialiste de l’électronique ou simple curieux, le maker vient dans cette fabrique collective participer à des projets de prototypage, concevoir, aider et se faire aider, pour construire potentiellement n’importe quel objet. Des fablabs naissent des vélos électriques, des objets aussi usuels que des lampes, ou même des pièces de robots produites par une imprimante 3D.
Issu en ligne directe du logiciel libre et des mouvements de collaboration via l’Internet, le fablab ramène néanmoins ses adeptes dans le monde physique. C’est un enfant des nouveaux modes de travail collectif et des technologies, dont la naissance avait été prophétisée par le philosophe André Gorz : « Les outils high-tech existants ou en cours de développement, généralement comparables à des périphériques d’ordinateur, pointent vers un avenir où pratiquement tout le nécessaire et le désirable pourra être produit dans des ateliers coopératifs ou communaux ; où les activités de production pourront être combinées avec l’apprentissage et l’enseignement, avec l’expérimentation et la recherche, avec la création de nouveaux goûts, parfums et matériaux, avec l’invention de nouvelles formes et techniques d’agriculture, de construction, de médecine, etc. » (Écologica, Galilée, 2008). Visionnaire ! Décédé en 2007, le philosophe avait déjà théorisé une pratique alors embryonnaire. Même s’ils disposent depuis 2005 de leur revue, Make Magazine, les makers ne seront connus plus largement qu’en 2012, sous la plume de l’un de leurs apologistes, l’ancien rédacteur en chef du magazine américain sur les nouvelles technologies Wired, Chris Anderson.