France / Société
Manuel Cervera-Marzal: “Pour Nuit Debout, la question du territoire est centrale”
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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Depuis plus de deux mois, Nuit Debout occupe le terrain, à Paris et dans d’autres villes. En quoi ce mouvement est-il une nouveauté dans l’histoire des luttes sociales ? Réponses avec Manuel Cervera-Marzal.
Nuit Debout renouvelle-t-il les modes traditionnels de protestation ?
Manuel Cervera-Marzal : Oui, mais ce mouvement s’inscrit dans de nouvelles formes de luttes apparues depuis un peu plus de dix ans. Elles ont trois caractéristiques. D’abord, l’« extralégalisation » avec le recours à la désobéissance civile – qu’il s’agisse de la protestation contre le nucléaire, du Réseau éducation sans frontières, des manifestations interdites, des actions de hackers, des Zones à défendre (ZAD), de Nuit Debout enfin. Ce mouvement a en effet une part extralégale, lorsque les occupants refusent de quitter les lieux après minuit, organisent des manifestations sauvages, enlèvent les dalles des places publiques pour planter des potagers. Deuxièmement, la question du territoire est devenue centrale, alors qu’auparavant la question du salaire et de l’emploi était première. Il s’agit pour les occupants de se réapproprier le territoire et d’en faire un lieu de vie dans lequel on peut faire du commun. Le projet est la permanence de l’occupation, avec une cantine, une infirmerie, une crèche… Enfin, Nuit Debout n’est pas uniquement une lutte contre la finance. S’y ajoute un combat au nom de la démocratie. À Paris et à Toulouse, les occupants ont créé une commission constituante qui place au cœur de sa réflexion la question du tirage au sort de citoyens pour exercer des responsabilités politiques. L’idée est de déplacer des repères et de casser le lien entre démocratie et élections. L’élection des meilleurs et des plus compétents est en effet une manière de reconduire le principe aristocratique. Le tirage au sort est aussi une manière d’imaginer une politique non professionnalisée.