Cinéma
Mémoire tiraillée
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Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Indigènes. Drame historique de Rachid Bouchareb. En mettant en scène quatre combattants des colonies enrôlés en 1943 pour libérer la France, Rachid Bouchareb contribue, au-delà de l’œuvre artistique, au débat sur la politique de l’Histoire.
Pour l’historien Pascal Blanchard, consulté durant l’élaboration du projet par plusieurs acteurs du film, Indigènes a beau avoir des prédécesseurs – le plus emblématique d’une époque étant peut-être Tabors, sorti en 1953 –, il est le premier à ne pas s’ancrer dans une quelconque mythologie mais à jouer habilement la carte de la fiction, au sein d’un cadre historique précis. Avec pour conséquence de faire se combiner jugement esthétique – le jeu des acteurs et la justesse des scènes emportent l’adhésion – et réflexion sur un passé national que l’on (re)découvre par immersion. En tant qu’objet artistique, donc, et non documentaire, Indigènes réussit à faire œuvre de pédagogie. Mais pas seulement. Il est, selon l’auteur de La France coloniale, coécrit avec Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (Hachette/Pluriel 2006), « la preuve qu’on peut sortir du piège absolu qui est de penser que tous les indigènes de l’armée française étaient essentiellement des victimes de leur propre histoire. C’est plus compliqué que ça, étant donné que ce n’est pas une masse d’indigènes mais bien des personnes avec des destins individuels qui ont formé ces troupes ».