Société
“Migrations de retour” : comment les “repats” rejouent l’exil en sens inverse
© Mihailo Milovanovic/iStockphoto
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Ils sont français de la deuxième ou troisième génération mais choisissent de quitter la France pour le pays de leurs parents ou de leurs grands-parents. Que révèle ce renversement où l’ancienne terre d’arrivée devient une terre d’exil ?
La France, tu l’aimes mais tu la quittes : cet ouvrage paru en 2024, rédigé par les chercheurs Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin retranscrit notamment les témoignages d’Imène, sage-femme expliquant avoir été « traitée comme une analphabète » en raison du port de son hijab, ou d’Omar, se souvenant avoir grandi dans une classe ségréguée « avec d’un côté les Blancs et de l’autre les Noirs et les Arabes »… Ces Français ont décidé de quitter la France, notamment pour fuir la discrimination.
« Les migrations de retour », c’est entre autres sur ce sujet que s’est penchée une autre très vaste enquête sur le parcours des immigrés, réalisée sur dix ans et intitulé Trajectoire et Origines 2 (TeO2) publiée par l’Ined ce mois-ci. Le terme de « migration de retour » désigne plus précisément les personnes issues de la deuxième ou troisième génération d’immigrés qui sont retournées vivre dans leur pays ou dans le département d’outremer d’où leur famille est originaire.
Un phénomène croissant
Ces retours dans un pays d’origine des années, voire un siècle après le départ des aïeuls, battent en brèche nombre de récits simplificateurs. On a tendance à diviser les pays du monde entier en deux catégories : d’un côté, les terres d’immigration qui ne seraient que des pays d’accueil, comme la France ; de l’autre, des pays d’émigration, d’où l’on chercherait à partir. Or, la France est un pays d’immigration et d’émigration, ce que les études tendent à éluder : si les statistiques sur l’immigrations sont pléthoriques, la recherche autour du phénomène d’émigration est relativement récente, et les données chiffrées sont encore rares.