Tunisie / Politique
Mohamed Sahbi Khalfaoui : “La Constitution est un gain sans précédent dans le monde arabe”
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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Militant impliqué dans la «révolution de jasmin», Mohamed Sahbi Khalfaoui analyse la transition démocratique en cours en Tunisie, après l’adoption d’une nouvelle Constitution en janvier dernier.
Comment accueillez-vous l’adoption de la nouvelle Constitution tunisienne ?
Mohamed Sahbi Khalfaoui : Le contenu de la Constitution n’importe pas tant que le fait qu’elle ait pu naître d’un consensus. Après deux ans de débats houleux, elle a finalement été adoptée avec 200 voix sur 217. Aux deux extrêmes de l’échiquier politique, les anciens opposants à Ben Ali se sont réunis autour d’un socle commun : les valeurs démocratiques.
Pourquoi les 89 députés du parti islamiste Ennahda ont-ils voté cette Constitution progressiste ?
Ennahda, ou « Renaissance », n’est pas un parti islamiste comme les autres. Il se distingue des Frères musulmans et entretient, dans sa rhétorique du moins, une défense de la démocratie. À cette raison s’ajoute un sens de l’intérêt politique. Ennahda a non seulement assumé – sous la pression de la société civile – la charge qui lui revenait, à savoir la rédaction d’une constitution dans l’intérêt du pays, mais il a aussi calculé son intérêt propre. Les droits et les libertés défendus par la Constitution protègent Ennahda d’un possible revirement de situation, si bien qu’il n’aura plus à craindre de subir à nouveau les années de plomb traversées ces vingt dernières années.