Mon bon génie. Gitta Sereny ou l’attention généreuse

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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Lorsque nous avons proposé à quatre penseurs de nous parler de la personne la plus intelligente qu’ils ont rencontrée, nous nous attendions à des surprises. Mais pas à ce qu’Étienne Klein choisisse d’évoquer Heinz Wismann, sans savoir que nous l’avions également interrogé !

Par Nancy Huston, romancière et essayiste

« Avant d’être présentée à Gitta Sereny [1921-2012], j’avais lu son livre Au fond des ténèbres [trad. fr. Denoël, 2007], un portrait de Franz Stangl, le commandant du camp de Treblinka. J’avais aimé cet ouvrage exigeant, érudit et surtout antimanichéen. Gitta Sereny refusait de réifier le mal ; elle voulait plutôt saisir la manière dont celui-ci surgit dans l’histoire de l’individu et quelle part jouent l’enfance et l’éducation dans le parcours des criminels. Le livre m’avait impressionnée, mais quand j’ai rencontré Gitta, j’ai eu la surprise de faire la connaissance d’une intelligence incarnée. Elle était le contraire d’une universitaire. Les universitaires ont été habitués à écrire des dissertations, à organiser de manière tellement argumentée et rigoureuse leur pensée qu’ils n’arrivent plus à être dans le vif de la création, dans la chair de l’existence. Mais Gitta n’était pas non plus une journaliste brillante. Elle avait transformé son âme, sa voix et son corps – son être – en communication, curiosité et échange. J’ai rencontré nombre de gens intelligents dans ma vie – scientifiques, physiciens, neurologues, personnalités reconnues… –, mais jamais je n’ai senti une telle harmonie entre la personnalité et la pensée.

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