Hors-série “Le Seigneur des anneaux”
“Mon précieux”
© Sarker Protick
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 54 de Philosophie magazine « “Le Seigneur des anneaux”. Le mythe Tolkien », en kiosque le 21 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est, de toute la Terre du Milieu, l’artefact le plus iconique, celui qui donne son nom à la saga créée par Tolkien : l’Anneau, l’Unique. Symbole du pouvoir et de sa tentation, ce bijou qui n’en est pas un hante notre imaginaire collectif.
« Un anneau pour les gouverner tous / Un Anneau pour les trouver / Un Anneau pour les amener tous / Et dans les ténèbres les lier / Au pays de Mordor, où s’étendent les ombres » : ces vers, qui concluent le « poème de l’Anneau » imaginé par Tolkien, et gravés en « noir parler » (en anglais, Black Speech) sur l’Unique, résument le thème central de l’épopée, de manière aussi succincte qu’inquiétante. L’Anneau doré est un petit bijou doté d’une énergie démoniaque extraordinaire. Forgé au cœur de la Montagne du Destin, dans les flammes de l’Orodruin, le Seigneur Ténébreux a transféré en lui une part importante de son pouvoir – et de lui-même. Plus qu’un objet inanimé, c’est une part de Sauron qui cherche à retrouver son créateur. Sauron, lui aussi, est en quête de cette part manquante de lui-même, dont il a été séparé lorsqu’Isildur lui trancha le doigt, afin de recouvrer l’entièreté de son ancienne force.
Le dispositif semble proche de celui de L’Anneau du Nibelung tel que l’imagina Wagner à partir de vieilles légendes germaniques : le nain Alberich, blessé par les railleries des ondines qui gardent l’or du Rhin, « maudi[t] l’amour », dérobe le trésor et forge un anneau aux pouvoirs illimités (qui, dans le Heldenbuch, un manuscrit médiéval, rendait invisible). L’anneau lui sera finalement dérobé par Odin, et Alberich maudira l’artefact. Mais sa malédiction est secondaire, accidentelle. La malédiction qui frappe les possesseurs de l’Unique est, au contraire, intrinsèque à la nature de l’objet – à la tentation du pouvoir qu’il offre. « Ces deux anneaux sont ronds, et c’est là leur seule ressemblance », conclut lapidairement Tolkien.