Mort de l’anthropologue Jack Goody

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Mort de l’anthropologue Jack Goody

Capture d’écran d’un entretien avec Jack Goody filmé par par Alan Macfarlane

L’anthropologue britannique Jack Goody, reconnu notamment pour ses études sur l’émergence des phénomènes sociaux et son travail sur le décentrement de l'Histoire, est mort à l'âge de 95 ans.

L’anthropologue britannique Jack Goody est mort le 16 juillet 2015 à la veille de ses 96 ans.

Professeur émérite à l’université de Cambridge où il enseigne entre 1954 et 1984, proche du politologue marxiste Eric Hobsbawm, il est reconnu pour ses études africaines, notamment auprès des tribus sans écriture, au Nord du Ghana.

La publication de La Raison graphique aux éditions de Minuit en 1979 le fait connaître en France. Dans cet essai, il analyse le rôle de l’écriture dans le développement cognitif et dans l’émergence des phénomènes sociaux, montrant combien elle nous a permis « d’aller de l’avant », donnant la possibilité d’archiver le savoir en catégories, menant à l’abstraction et au développement de la pensée intérieure.

Adoptant une optique comparatiste dont il démord pas, Jack Goody entend « jeter des ponts » entre l’anthropologie et l’histoire, à travers l’Afrique, l’Orient et l’Occident.


Vol de l’histoire

L’Orient en Occident, est d’ailleurs le titre d’un ouvrage paru au Seuil en 1999, dans lequel il indique « comment une autre perspective peut faire apparaître les fourvoiements des discours antérieurs, et de quelle manière une fausse évaluation comparative de l’Orient et de l’Occident affecte aussi notre compréhension de l’Occident en tant que tel. » Il poursuit ce travail de sape de l’ethnocentrisme, élargissant la vision historique « du point de vue de [ses] acteurs » dans L’islam en Europe (La Découverte, 2004) voulant montrer que l’islam « faisait également partie intégrante de l’histoire et de l’actualité de l’Europe. »

Il parachève ce travail de déconstruction de notre idée de l’Europe avec Le Vol de l'histoire. Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, son dernier essai paru en France en 2010. « Le vol de l’histoire, écrit-il dès la première ligne, désigne la mainmise de l’Occident sur l’histoire. » Jack Goody, fort de sa longue expérience de décentrement anthropologique, convaincu que l’Europe se trompe en s’imaginant avoir inventé la démocratie, le capitalisme ou l’amour, nous invite une nouvelle et dernière fois à relire notre histoire et à revoir notre passé, avec un regard élargi et modeste.
 

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