Interview

Eric Hobsbawm : « À présent, ce sont les capitalistes qui cherchent des solutions chez Marx »

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Eric Hobsbawm : « À présent, ce sont les capitalistes qui cherchent des solutions chez Marx »

© Hélène Builly / Costume 3 Pièces pour PM

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Cet article est issu du numéro 62 de Philosophie magazine « 62 - septembre 2012 », en kiosque le 23 août 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À 95 ans, le plus célèbre des historiens marxistes ne revient en rien sur sa lecture procommuniste du XXe siècle. Mais, pour lui, l’effondrement de l’Union soviétique a libéré la lecture de Marx.

La doctrine de Karl Marx peut-elle encore aujourd’hui changer le monde, comme elle appelait à le faire en son temps ?

Eric Hobsbawm : À plusieurs reprises dans le passé, Marx a exercé une influence déterminante sur l’histoire du monde. Pourquoi pas aujourd’hui ? La fin de l’Union soviétique a libéré la doctrine marxienne de l’association avec le marxisme-léninisme et son régime politique correspondant. En outre, la thèse selon laquelle Marx aurait été irrémédiablement « jeté au rebut de l’Histoire », qui avait cours après la disparition du rideau de fer, n’est plus en vogue. Au contraire, Marx connaît un succès posthume extraordinaire. Cela dit, le Marx du XXIe siècle sera très différent du Marx du XXe siècle.

 

Peut-on alors affirmer que la fin du communisme a « libéré » Marx ?

E. H. : Tout du moins la fin du communisme d’État. En revanche, Marx reste d’actualité. Dans son Manifeste du parti communiste, il a anticipé de nombreux traits de notre monde globalisé. Alors qu’on célébrait le cent cinquantième anniversaire de la parution de ce pamphlet [en 1998], l’économie mondiale subissait les turbulences de ce qu’on a appelé la crise asiatique. Alors que les économies de plusieurs pays tombaient les unes après les autres, ce furent les capitalistes et les libéraux qui se tournèrent vers les écrits de Marx pour y trouver des pistes de réflexion. Peu de socialistes eurent le courage d’en faire autant. Ils redoutaient et redoutent encore d’être stigmatisés comme les représentants d’une gauche radicale. De même, dans la crise économique qui s’est installée depuis 2008, ce sont les capitalistes, et non les socialistes, qui cherchent des solutions chez Marx.

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