France / Sexualité
Naissance du troisième genre
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Cet article est issu du numéro 95 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 03 décembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Un tribunal français a reconnu l’inscription du « sexe neutre » à l’état civil d’une personne intersexe. Une brèche ouverte dans les questions de genre ? Pas si sûr.
Ni homme ni femme : neutre. Une personne de 65 ans née avec une « ambiguïté sexuelle », c’est-à-dire dotée d’un « micropénis » et d’un « vagin rudimentaire », sans ovaire ni testicules, a été autorisée à voir porter la mention « neutre » sur son état civil. Cette décision inédite en France, et exceptionnelle dans le monde, a été rendue par le tribunal de Tours, le 20 août dernier et révélée le 15 octobre. Prenant en considération le « droit à la vie privée » du plaignant, le tribunal ajoute que « le sexe qui a été assigné à M. X. à sa naissance apparaît comme une pure fiction, qui lui aura été imposée pendant toute son existence sans que jamais il ait pu exprimer son sentiment profond ». Cette décision de justice succède à un rapport présenté en mai 2015 par le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muižnieks, soulignant la nécessité « de revoir les classifications médicales qui assimilent les variations des caractéristiques sexuelles à des pathologies, et de garantir aux personnes intersexes le droit à l’autodétermination en facilitant leur reconnaissance juridique dans les documents officiels ». En suivant ces recommandations, le tribunal français tend-il à la reconnaissance d’un troisième genre ? Cette perspective a été prise au sérieux, si bien que le parquet a fait appel de la décision, craignant, avec ce précédant juridique, l’établissement d’un cas de jurisprudence menaçant, à terme, la civilité ordinaire.