Exposition
“Naples à Paris” : classe napolitaine
Portrait de Luca Pacioli (v. 1500), attribué à Jacopo De’ Barbari (huile sur panneau de bois, 99 x 120 cm). Museo e Real Bosco di Capodimonte. © Luciano Romano
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Cet article est issu du numéro 171 de Philosophie magazine « La chance, est-ce que ça existe ? », en kiosque le 06 juillet 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le musée de Capodimonte est fermé pour travaux ? Tant mieux pour les visiteurs du musée du Louvre qui pourront y admirer les plus beaux chefs-d’œuvre de l’institution napolitaine.
Les chefs-d’œuvre parlent aux chefs-d’œuvre ! Le Louvre accueille en effet dans ses galeries les trésors de son cousin napolitain, le musée de Capodimonte, l’un des plus importants en Italie, fermé pour travaux. À l’occasion d’un partenariat exceptionnel, près de soixante-dix tableaux, dessins et sculptures se mêlent au parcours prestigieux de l’institution parisienne, qui mène du Salon carré à la Salle de l’horloge, en passant par la Grande Galerie. Certaines des toiles présentées sont inscrites dans l’imaginaire collectif sans que leur origine soit nécessairement connue, comme le Saint Jérôme dans son cabinet de Colantonio ou l’extraordinaire Flagellation du Caravage… Témoins d’un sommet de la Renaissance italienne, elles entrent en dialogue avec les collections françaises, comme lorsque le Portrait de jeune femme du Parmigianino, issu des collections de Capodimonte, et l’Autoportrait avec un ami de Raphaël se font face. Dans le même esprit, deux nus érotiques se répondent magnifiquement : le Sommeil d’Antiope du Corrège, conservé au Louvre, et la Danaé du Titien. Ce dont témoignent aussi ces rapprochements rares et admirables, c’est de l’histoire des musées comme institutions européennes. « Vitrines et miroirs de nos sociétés sécularisées », ceux-ci apparaissent effectivement à la Renaissance, à partir de la fin du XVe siècle en Italie, lorsqu’une première collection profane, constituée d’antiquités, est ouverte au public pour sa valeur esthétique, comme le montre Krzysztof Pomian dans son Histoire du musée (Gallimard). L’historien franco-polonais décrit « leur propagation en Italie – où le musée reste confiné jusqu’aux dernières décennies du XVIIe siècle – qui est aussi une diversification : aux antiques s’ajoutent les tableaux et autres œuvres modernes ». Si « l’ancrage européen » se fait au Louvre, ouvert en août 1793 sur un projet initial de Louis XVI, inauguré après la Révolution et considérablement enrichi par les conquêtes napoléoniennes, le musée n’est donc pas une invention des Lumières. D’ailleurs, « trois capitales de l’Europe artistique et antiquisante du XVIIIe siècle – Rome avec le musée du Capitole d’abord, puis le Museo Pio-Clemente au Vatican, Naples avec le musée de Portici et la galerie de Capodimonte, et Florence avec le vieux musée des Offices profondément restructuré dans l’esprit des Lumières – se trouvent au centre d’une constellation de musées […]. C’est en Italie que les visiteurs venus des pays transalpins entrent dans les musées qu’ils ne connaissaient que par les publications et les récits de leurs prédécesseurs, et en apprenant les règles de fonctionnement. Et c’est d’Italie qu’ils emportent avec eux, à côté des souvenirs, le désir d’avoir un musée chez eux. » Et c’est aujourd’hui Naples qui s’invite à Paris !