Livres
On ne pense bien qu’avec ses pieds
© Éditions Albin Michel
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Reconnaissant l’un et l’autre que c’est en marchant que surgissent les pensées les plus fécondes, le philosophe Roger-Pol Droit et le neurologue Yves Agid confrontent leurs propres savoirs sur l’exercice de la pensée, dans une conversation ouverte et animée. En dépit de certains désaccords, tenant aux présupposés méthodologiques de leurs disciplines respectives, le dialogue défend l’idée d’un rapprochement nécessaire entre les approches scientifiques et philosophiques. En marchant ensemble, les savoirs dispersés se musclent mutuellement.
De Frédéric Gros à David Le Breton, d’Antoine de Baecque à Pascal Picq, les nombreux récents livres prenant la marche comme sujet d’étude, voire d’auto-analyse, forment le symptôme d’une attention contemporaine à ce qui reste une vieille obsession philosophique. « L’art de marcher », pour reprendre le titre de la magnifique réflexion de l’essayiste américaine Rebecca Solnit qui vient de ressortir aux Éditions de l’Olivier, s’est imposé ces vingt dernières années comme un acte à la fois existentiel, poétique et politique. Comme si nous partagions tous l’avis de Søren Kierkegaard : « C’est en marchant que j’ai eu mes pensées les plus fécondes et je ne connais aucune pensée pesante que la marche ne puisse chasser » (Lettre à Jette, 1847). Mais qu’est-ce que la marche et la pensée ont réellement en commun ? De quoi l’une procède-t-elle de l’autre ? Peut-on distinguer un être pensant et un être marchant ? Existe-t-il un ancrage neurologique commun à la marche physique et aux marches mentales ? Autant de questions que se posent deux marcheurs inspirés, pris dans l’élan de leurs propres pas et de leurs mots, dans une conversation en mouvement, Je marche donc je pense (Albin Michel, 2022). L’un est philosophe, Roger-Pol Droit, l’autre neurologue, Yves Agid. Au fil de huit promenades successives, comme une manière de créer un dispositif pratique ajusté à son ambition théorique, les deux complices échangent et confrontent leurs idées pour mettre au clair la mécanique sourde de la marche comme condition de l’exercice de pensée.