La réponse esthétique
Parce qu’ils sont beaux
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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est à leur apparence que nous pensons spontanément pour expliquer notre attachement aux animaux. C’est qu’elle est plus qu’un spectacle : un entraînement à cultiver notre propre appétit pour la beauté, rappelle l’auteure Olivia Rosenthal face aux photographies de Tim Flach.
Panthère noire
Nostalgie de l’état sauvage
« La beauté de cette panthère tient évidemment à sa grâce, à son velouté pourrait-on dire, mais aussi à la peur qu’elle provoque. Les animaux nous effraient, car, comme le savent les dresseurs, ils sont toujours imprévisibles. Et la panthère noire – extrêmement difficile à dresser – est comme une représentation absolue de la peur que peut susciter un animal : une idée de la sauvagerie à l’état pur. On rêverait d’être face à elle pour jouir de sa beauté, et, en même temps, on sait que si c’était le cas, ça en serait fini de nous. Ce mouvement de fascination-répulsion est au cœur du grand film de Jacques Tourneur, La Féline (1942), qui, dans mon roman Que font les rennes après Noël ?, provoque un déclic décisif chez le personnage principal, une jeune femme qui refoule ses désirs. On sait que les animaux peuvent nous faire du mal, mais on devine aussi chez eux quelque chose qui est en nous et que nous avons oublié à force d’avoir été policés par la société. Ceux qui vivent ou travaillent au contact des animaux le disent souvent : ils les considèrent comme porteurs d’une part de notre histoire, de notre préhistoire, de notre origine. Ils nous rappellent à l’idée – ou au fantasme – que nous aurions jadis été sauvages. Autrement dit, ce qui nous captive chez les animaux, et chez cette panthère en particulier, c’est qu’elle nous renvoie à la possibilité d’un désir brut, sans médiation. Là où, nous, humains, désirons à travers des représentations, nous imaginons les animaux comme directement en contact avec leur désir. D’autant que nous croulons sous les injonctions, familiales ou sociales, alors qu’eux nous donnent le sentiment – inexact en vérité – qu’aucune injonction ne peut avoir prise sur eux. Savoir qu’une panthère est presque indomptable – et peut toujours se retourner contre son maître – est d’une certaine façon rassurant. Mais notre attrait pour la sauvagerie animale s’accompagne désormais d’une grande mélancolie : chaque année, de nombreuses espèces disparaissent et les panthères noires sont d’ores et déjà des animaux très rares. Or un monde sans sauvagerie serait invivable. »