“On parle souvent de sagesses d’acceptation, mais comment savoir s’il ne s’agit pas en fait de résignation ?”

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Cet article est issu du numéro 108 de Philosophie magazine « Pourquoi tout peut arriver », en kiosque le 23 mars 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Question d’Isabel Condé.

La réponse est simple : soyez à l’écoute de vos affects. Si vous ressentez quelque chose qui s’apparente à de la joie, c’est que vous êtes parvenue à accepter vraiment. Si vous éprouvez plutôt de la tristesse, c’est que vous êtes, en effet, dans la résignation. Prenons le cas d’un parent qui « cède » à la demande répétée d’en enfant : il s’y résigne. Mais s’il « dit oui », il accepte. Céder, c’est céder malgré soi : la tristesse n’est jamais loin. Dire oui, c’est consentir : la joie pointe le bout de son nez. Votre question n’est toutefois pas étonnante : en français, accepter et se résigner sont presque synonymes. Comprendre la distinction, c’est entrevoir le point où commence toute sagesse. Accepter, c’est donc accepter que tout ne soit pas possible. Le réel existe, il est autre chose qu’une pâte que ma volonté pourrait modeler à loisir. Les limites existent, je ne suis pas tout-puissant. Il y a un manque que je ne pourrai jamais combler. Je ne suis pas parfait. Voilà tout ce que je dois apprendre à accepter. La sagesse est cet apprentissage, qui requiert le temps d’une vie entière. Apprendre à accepter ce qui me résiste, c’est apprendre à l’aimer, à lui dire oui. Si je le vis mal, avec cette impression de m’y « résigner », c’est que je suis encore dans l’illusion de la toute-puissance, que je ne suis pas sur le chemin de la sagesse.

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